Lois Praxéologiques
Posté par alpheccar le11 Fév 2005 à 22:25 CEST
Si une loi est un changement qui implique un changement alors il existe quatre types de lois : lois physiques, lois conceptuelles, lois psychologiques et lois praxéologiques.
Différents types de lois
Lois physiques
Une loi physique établit un lien entre des changements d'attributs physiques (donc qui peuvent être mesurés).
Lois conceptuelles
Les lois conceptuelles sont le domaine des mathématiques, de la logique et de la consistance. La géométrie Euclidienne, par exemple, établit des relations entre des entitées abstraites (cercle parfait, droite parfaite ...) qui n'existent que de façon approximative dans la réalité. Il est donc nécessaire de faire un lien entre le monde conceptuel et le monde réel : ce sont les corrections epistémiques. Si les lois conceptuelles semblent fausses une fois appliquées au monde réel c'est que la correspondance est incorrecte et que la partie du réel à laquelle on tente d'appliquer ces lois est une mauvaise approximation du monde conceptuel.
Lois psychologiques
Ce sont des relations entre des changements dans le monde physique et des changements d'état mental. C'est ce qui permet l'apprentissage, la communication entre les humains...
Lois praxéologiques
Ces lois sont l'opposé des lois psychologiques. Elles établissent des relations entre des changements d'état mental et des changements dans le monde physique. Le choix de l'action qu'on décide d'entreprendre dans le monde physique afin d'atteindre un but donné est dépendant de notre état mental. Un changement de cet état peut amener à un changement de l'action entreprise.
Les lois praxéologiques
Il y a plusieurs groupes de lois. Le premier groupe est lié à la notion de valeur. Le deuxième groupe aux notions de valeur et de choix. Toutes les lois décrites ci-dessous pourraient être formulées sous la forme : un changement implique un changement. Je ne l'ai pas fait pour la clarté de l'exposition.
Lois de la valeur
Loi de Menger
La valeur d'un objet physique ou service est la satisfaction qu'il apporte. Une crème glacée en été n'a pas la même valeur qu'une crème glacée en hiver car elle n'apporte pas la même satisfaction. Ainsi, tout en étant un même type d'objet physique, ce n'est pas le même bien car la valeur est différente. Réciproquement, deux objets physiques différents peuvent être un même bien s'ils apportent la même satisfaction.
Ainsi, la valeur est une notion purement subjective relative à un individu. Dans la suite, je parlerai d'"atteindre une valeur" et cela signifiera atteindre un but qui permet de donner une satisfaction à laquelle on attribue une valeur. J'utiliserai aussi le terme "bien" dans le sens "bien physique" et dans le sens "bien économique". Le contexte devrait permettre de lever l'ambiguïté.
Loi de la Monnaie
Certains objets ont de la valeur parce qu'ils peuvent être échangés. Ainsi, on leur attribue une valeur parce qu'indirectement, par l'échange, ils vont permettre d'atteindre certains buts.
La monnaie en est l'exemple le plus typique. Un billet a plus de valeur que le simple bout de papier qu'il est car il peut être échangé. Et, il peut être échangé car il a de la valeur. Ainsi, l'équilibre est instable et une monnaie peut rapidement perdre sa valeur si la confiance en la monnaie disparaît.
Loi de l'utilité marginale décroissante
Un même objet ou service disponible en plusieurs exemplaires ne se verra pas attribuer la même valeur lors de la première utilisation ou des suivantes. En effet, le premier exemplaire du bien sera utilisé pour atteindre le but qui donne la plus grande satisfaction. La deuxième exemplaire pour atteindre un but de moindre satisfaction et ainsi de suite puisque qu'on ne peut pas atteindre tous les buts en même temps.
Loi du choix et conséquences
Loi du choix
Un individu préférera demander le maximum d'unités d'un bien tout en fournissant le minimum d'unités d'un autre bien à condition que les biens fournis et demandés servent des satisfactions plus élevées qu'un troisième bien. Une formulation plus précise de cette loi montrerait que cette loi concerne l'efficacité des choix.
Cette loi (en conjonction avec les lois des valeurs) a pour conséquence les autres lois du choix décrites ci-dessous.
Loi du risque
Si un individu a le choix entre obtenir un bien avec une certaine probabilité et obtenir le même bien avec une probabilité plus faible alors il choisira l'action ayant la plus haute probabilité de lui obtenir le bien.
Loi de Giffen
La quantité demandée peut diminuer si le prix diminue : c'est le paradoxe de Giffen qui s'explique parce que dans certains biens l'effet de revenu peut être plus important que l'effet de substitution. Il existe des biens plus chers qui en plus de se substituer à des biens moins chers (donc de permettre les mêmes satisfactions) permettent aussi de nouvelles satisfactions moins importantes. Par exemple: la viande permet de se nourrir comme d'autres aliments. Mais, pour certaines personnes, la viande est plus appréciée et elle fournit donc des satisfactions supplémentaires.
Ainsi, si le prix de A baisse, l'individu peut acheter une plus grande quantité de A. Mais, s'il existe un autre bien B qui fournit des satisfactions supplémentaires en plus de A (tout en satisfaisant aussi les mêmes besoins que A), alors l'individu peut décider d'acheter quelques unités de B. B doit forcément être plus cher que A sinon il n'y aurait pas eu de raison d'acheter A initialement.
Mais, acheter B, en raison de son coût plus élevé, peut obliger à se priver d'autres bien C que A et B. Si la satisfaction supplémentaire apportée par B ne justifie pas cette privation alors l'individu continuera à consommer A pour pouvoir se procurer C.
La loi des prix qui suit est un cas particulier de la loi de Giffen. La loi de Giffen vient d'être formulée du point de vue d'un bien demandé par un individu. Elle peut aussi être formulée du point de vue de l'offre.
Loi des prix
Si un bien peut-être totalement substitué à un autre alors un individu choisira de produire le bien le plus cher et de consommer le moins cher.
Loi de la demande minimum
La quantité qu'un individu achète ne sera pas plus faible si le prix baisse ni plus élevée si le prix augmente.
Loi de la quantité demandée
Si un bien permet d'atteindre une satisfaction plus élevée que son coût, un individu ne demandera pas moins si le prix baisse mais ne demandera pas forcément plus. Il existe une formulation similaire pour l'offre.
Loi des compléments
Si un individu pense que deux biens A et B sont nécessaires pour atteindre un but et qu'il change la valeur attribuée à ce but de telle façon que sa demande pour A change alors sa demande pour B va aussi changer.
Loi de l'offre et de la demande
Si un individu pense que son gain probable peut être augmenté à un prix différent alors il va demander ce nouveau prix. Par exemple, si un vendeur pense qu'il vendra la même quantité à un prix plus élevé alors il va augmenter son prix de vente.
Loi des profits
Personne ne va intentionnellement produire à perte. Si les valeurs qui peuvent être atteintes grâce à un profit sont plus importantes que celles qui doivent être sacrifiées pour obtenir ce profit alors l'individu va chercher à maximiser son profit.
Autres Lois
Loi des échanges
Lorsque deux individus ont l'information qui leur permet de savoir qu'un échange, qui leur est favorable, est possible alors cet échange a lieu.
Loi des achats
Un individu vendra Y unités d'un bien B mais pas Y+1 lorsqu'il préfère le bien acheté à ces Y unités mais qu'il préfère les Y+1 unités au bien acheté. C'est une conséquence de la loi des échanges.
Loi de la préférence temporelle
Si l'individu a le choix entre une satisfaction immédiate et une même satisfaction dans le futur alors il choisira la satisfaction immédiate.
Résumé
Voici un résumé de ma compréhension actuelle:

La prochaine étape devrait être une tentative pour écrire toutes ces lois de façon formelle, mathématique, afin de mieux faire apparaître la structure logique et les liens entre les différentes lois et vérifier si le dessin précédent est correct. Mais je sais que je n'aurai jamais le temps de le faire.
Bien entendu, je ne prétend pas avoir donné une liste exhaustive des lois praxéologiques. C'était juste un survol des lois les plus utiles.


Pas sûr
Posté par alpheccar le12 Oct 2004 à21:49 CEST
Je n’en suis pas sûr. Pour l’instant j’ai surtout essayé de lister les principales lois telles que j’ai pu les trouver dans mes lectures. J’ai aussi tenté, et c’est très très préliminaire, de voir comment elles sont reliées entre elles. Disons que c’est juste un formulaire qui va servir de base de travail. Il reste à préciser toutes les relations entre toutes ces lois ainsi que la justification de chaque loi. C’est en précisant tout cela que je verrai ce qui va, ce qui est incorrect etc...
En effet
Posté par wapiti le12 Oct 2004 à21:34 CEST
En effet, si on s’engage sur ce genre de discussions, on a pas fini. En fait ce que je voulais dire, c’est que les lois qui régissent les phénomènes sont toujours relations conceptuelles, même s’il peut y avoir des relations conceptuelles sans phénomènes, après la question du lien entre phénomènes et concepts, c’est à mon avis LE principal problème philosophique, non résolu à mon humble avis.
Sinon es-tu sûr que toutes tes lois praxeologiques sont exemptes de présupposés psychologiques ? par exemple, la préférence pour le présent ne me semble pas évidente, mais il faudrait que je lise plus en détail là dessus.
Hi
Posté par alpheccar le12 Oct 2004 à19:18 CEST
Hi,
Je ne voulais pas couper les cheveux en 18 et j’ai donc été un peu léger sur les définitions. Je suis d’accord pour dire que le modèle qu’on se fait d’une loi est forcément conceptuel mais cela veut-il pour autant dire qu’il n’y a pas de lois réelles ou de réalité ?
Ce que je voulais dire c’est qu’il existe des relations entre des attributs physiques : lois physiques dont on a des modèles conceptuels.
Mais il existe aussi des relations entre des états mentaux porteurs d’information, de sens, et le monde physique (loi psychologique ou praxéologique dans ma terminologie pas très standard).
Enfin, il existe des relations entre des objets purements conceptuels qui n’ont pas forcément besoin de toute la réalité. Ce que je veux dire par là, par exemple, c’est que je peux faire des maths uniquement dans ma tête. Par contre, pour les autres “lois” il faut qu’il y ait action sur le monde physique extérieur à mon corps d’une façon ou d’une autre. C’est en ce sens que je parle de lois conceptuelles : des relations entre des états mentaux qui représentent des symboles.
Voilà, j’espère que j’ai un peu clarifié. Mais, cela necessiterait de longs développements je pense. Ne serait-ce que pour se mettre d’accord sur la signification des termes “loi", “relation", “sens", “symbole” etc... Le sujet du blog étant “science et libéralisme” et non pas “philo et libéralisme", j’essaie de ne pas trop m’avancer sur ce terrain. Mais, essentiellement parce que c’est un domaine que je suis encore très loin de maitriser.
J’avoue que je reste sceptique
Posté par wapiti le12 Oct 2004 à18:18 CEST
J’avoue que je reste sceptique sur la pertinence de ta classification des différents types de lois : toutes les lois sont conceptuelles, mais elle s’appliquent à des phénomènes différents.